vendredi 27 avril 2012

« Sous les pavés, la poésie ! »


La « Révolution du jasmin », comme la presse internationale l’appelle parfois, n’a pas seulement bouleversé les institutions en mettant fin au règne du clan Ben Ali. Les artistes en général et les poètes tunisiens en particulier ont pu retrouver leur liberté de paroles. Sur les podiums, ou derrière les pupitres.
La poésie en Tunisie reprend-elle des couleurs ? Les évènements s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Pas plus tard que mardi 24 avril, un colloque se tenait à Douz pourévoquer des thèmes aussi variés et riches que « La poésie populaire », mais aussi  « Les épisodes du mouvement national après la révolution tunisienne. » Il s’agit de la dixième session d’une série de colloque annuels organisés par le poète et historien Mohamed Marzouki . Et comme chaque année, plusieurs jeunes poètes étaient attendus au rendez-vous.
Mais la poésie est aussi (et surtout ?) présente dans la rue. Les soulements populaires et le renversement de l’Ancien régime ont vu dans leurs rangs un grand nombre de  jeunes  poètes tunisiens frustrés par les injustices et l’oppression exercés à leur endroit. A cet égard, il n’est pas inutile d’y voir une filiation avec le fameux poète tunisien  Abou el Kacem Chebbi qui, à l’époque coloniale, a incarné haut et fort le désir d’émancipation de la population dans des vers devenus célèbres – et que l’on retrouve, aujourd’hui encore, dans  l’hymne nationale tunisien.
La poésie dans tous ses états
Les  (jeunes)  poètes n’ont pas cessé de manifester depuis la chute de l’Ancien régime. Pis encore : chaque fois qu’il est nécessaire de défendre les libertés, on retrouve dans les cortèges quelques uns des grands noms de la poésie contemporaine.  C’est en particulier le cas dans le Sud et le Centre-Ouest tunisien, depuis  Sidi Bouzid jusqu’à Kasserine.
Sami el-Dhibi, par exemple, est un poète vivant dans le gouvernorat de Kasserine. Il n’a cessé de publier et de diffuser, durant la révolution, ses œuvres dans les médias sociaux et dans les médias alternatifs. Comme on peut le voir sur cet exemple ci-dessous :
Ce poète – rebelle et insoumis -, a d’ailleurs expliqué, au cours d’une soirée de lectures et de poésie organisée à Gabes les 23 et 24 Décembre derniers, que la révolution était un pas vers « le progrès »« le triomphe de la liberté et de la dignité », mais aussi un chemin vers « la justice sociale. »
Autre exemple : Ahmed Shaker Ben Daya. Ce jeune poète de Kairouan, qui a été emprisonné par le clan de Ben Ali en raison de ses opinions politiques en 2008, s’est lui aussi révolté contre la dictature. Son expérience malheureuse en prison a renforcé sa volonté de poursuivre son travail et de rédiger d’autres poèmes dénonçant les pratiques de l’Ancien régime.
Ben Dhaya n’a d’ailleurs cessé de participer aux manifestations et aux protestations nationales en compagnie d’autres jeunes poètes et écrivains. Presque tous ces artistes ont le même parcours, et ont décidé de fonder en février dernier le Comité de défenses des droits des jeunes écrivains. Objectif : défendre et promouvoir la liberté d’expression et de création. Sans avoir à rendre des comptes aux autorités politiques. Ce comité s’est d’aileurs organisé sur Facebook, comme on peut le voir ci-dessous :
L’ancienne génération occupe également le terrain 
La Révolution du Jasmin était sans doute une révolution de la jeunesse. Mais elle a aussi mobilisé d’autres générations. Et en matière de poésie, les anciens ont été nombreux à se joindre aux mouvements. Ceuix qui, avant la révolution, se battaient pour la liberté d’expression (quitte à être malmenés par le régime), n’ont bien entendu pas oublier de soutenir les révoltes.
Sghayer Awled Hmed (de Kairouan) est de ceux-là : il a rédigé des beaux textes de poésie contre le pouvoir avant et après la révolution tunisienne qu’on peut lire sur des blogs.
Ce poète  n’a pas cessé de publier partout où il le pouvbait. Dans des revues tunisiennes comme le journal quotidien  «El Maghreb», ou encore dans l’hebdomadaire « Contre le pouvoir et Ennahdha ». Il a clamé haut et fort son désir de changement démocratique : là où la liberté d’expression règne, la tolérance et le pluralisme politique sont possibles. « Le pays doit être exemplaire pour tout le monde en termes de cohabitation et de fraternité», a-t-il écrit dans cette vidéo.EMBED
Jamel Sliaii, également, un poète du Sud (Kbelli), a publié son livre intitulé  Fleuve de fourmis en 2010 déjà. Ses prises de position symboliques ont pu sortir au grand jour .
En somme, la fin de l’Ancien régime a comme libéré des paroles qui n’attendaient qu’une chose : de pouvoir parler. De pouvoir créer. Comme si la société tunisienne avait su réaliser un rêve pour tous, mais qui doit désormais être renforcé, accompagné, soutenu par les pensées des écrivains. Des  philosophes. Et des poètes. Ils ont déjà répondu présent.
Soumaya Berjeb

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